Marcher avec le Divin
Par Magali Lehners
Traduction de Manorama
En chantant Oṁ namo bhagavate vāsudevāya, nous utilisons l'énergie vibratoire pour nous incliner devant le divin qui réside en nous. Il ne s'agit pas nécessairement d'une forme particulière de Dieu, mais plutôt du Soi supérieur. Vāsudeva est un symbole de la conscience intérieure présente dans chaque forme de vie. Il suggère que le divin ne se trouve pas à l'extérieur de nous, mais qu'il est toujours présent en chacun et en toute chose.
Vāsudeva est un autre nom de Kṛṣṇa, représenté comme l'Être suprême, comme Dieu. Dans les écritures, Kṛṣṇa est souvent décrit comme saccidānanda : vérité (sat), conscience (cit), félicité (ānanda). Ici, la conscience ou la connaissance signifie se souvenir de qui nous sommes réellement au plus profond de notre être, comprendre que nous faisons partie d'une même conscience cosmique et que nous ne sommes pas séparés de l'Autre.
Comme l'écrit Sharon Gannon :
« Le but de notre vie est de nous souvenir de qui nous sommes réellement — de nous rappeler notre connexion éternelle à la Source suprême, à Dieu. Ce souvenir est appelé réalisation du Soi, éveil, illumination ou Yoga. »
(Essai : « The Meaning of Life », dans Eternity is Happening Now, Volume 1, p. 14.)*
Très souvent, la quête d'un sens à notre existence surgit lorsqu'un événement vient bouleverser notre vie, lorsque nous sommes ébranlés et cherchons à comprendre pourquoi nous souffrons ou pourquoi certaines choses nous arrivent. En réalité, c'est le thème central de toutes les écritures yogiques.
La Bhagavad Gītā, par exemple, s'ouvre sur une scène épique où Arjuna (le soi inférieur) est désespéré — on pourrait aussi dire en pleine crise mentale — et demande à Kṛṣṇa (le Soi supérieur) de le guider. Ce dialogue intérieur sur notre identité, ce que nous devons faire et la raison de notre présence ici, traverse constamment notre être.
Très souvent, c'est la peur de perdre qui engendre notre souffrance. Les réponses apparaissent finalement lorsque nous nous rappelons qu'il existe en nous quelque chose d'immuable, au-delà du corps et du mental, quelque chose que l'on décrit comme un amour inconditionnel — un amour purifié de tous les besoins de l'ego et même du besoin d'être indispensable. C'est le rayonnement central de notre être, cette lumière qui émane de notre essence, de notre ātman, le Soi éternel.
Le fruit, ou la conséquence, de cette capacité à laisser pleinement émerger cet amour inconditionnel est que la compassion devient notre état naturel et qu'il devient impossible de nuire à quiconque ou à quoi que ce soit. Nous serions capables de nous reconnaître en tous les êtres et l'illusion de la séparation se dissoudrait. Nous pourrions alors cultiver śraddhā, une foi profonde en la vie, une confiance dans le processus même de l'existence.
Comment pouvons-nous nous rapprocher de cet état ? Comment pouvons-nous l'incarner et le cultiver dans notre vie quotidienne ?
La Bhagavad Gītā suggère que nous pratiquions principalement à trois niveaux différents : purifier nos actions grâce au Karma Yoga, purifier notre intellect grâce au Jñāna Yoga, et purifier nos émotions grâce au Bhakti Yoga.
L'une des pratiques de Karma Yoga que Kṛṣṇa propose à Arjuna consiste à offrir chacune de nos actions comme un service au divin :
« Souviens-toi de Moi dans tout ce que tu fais. Prononce Mon nom. Avant de manger ou de boire quoi que ce soit, offre-le-Moi d'abord. Fais de chacune de tes actions une offrande qui M'est destinée, et alors Je serai présent dans ta vie. »
(Bhagavad Gītā 9.27 — commentaire de Sharon Gannon.)
Lorsque nous dédions chacune de nos actions à une conscience supérieure, les gestes apparemment ordinaires de la vie quotidienne — cuisiner, manger, marcher — deviennent autant d'occasions de transformer notre mental.
À travers le Jñāna Yoga, le yoga de la connaissance, nous avons la possibilité de découvrir notre propre voie, en harmonie avec notre nature profonde, nos talents et notre place dans la vie : notre svadharma. La pratique constante de l'investigation intérieure nous rapproche d'une compréhension de notre place dans le cosmos, une compréhension que Gregor Maehle décrit ainsi dans son ouvrage Bhakti: The Yoga of Love :
« Nous sommes tous des manifestations du Divin unique, à travers lesquelles Il exprime Son infinie créativité. » (p. 6)
Cela signifie que, d'un côté, Dieu est le créateur de toute chose et que, de l'autre, Il a besoin des êtres vivants pour s'exprimer à travers eux de multiples façons. L'une de nos missions dans cette vie est donc de découvrir comment le divin souhaite se manifester à travers nous. Cela passe non seulement par notre svadharma, mais aussi par l'attitude intérieure qui accompagne chacune de nos actions.
Une grande partie du Bhakti Yoga repose sur Nāda, le son, la vibration. La pratique du japa mantra — la répétition des mantras — constitue une manière directe de l'expérimenter : répéter les noms divins dans les moments de distraction, de colère ou de tristesse, afin de ramener doucement notre cœur vers l'amour. Cette énergie vibratoire peut conduire à une véritable transformation et à une profonde guérison.
Il y a quelques années, Alexandra et moi sommes parties en pèlerinage à Vrindavan, le lieu de naissance sacré de Kṛṣṇa, en compagnie de nos chers amis Petros Haffenrichter et Visvambhar Sheth. Nous avons été totalement immergées dans cette énergie vibratoire en chantant des mantras chaque jour, tout en visitant les temples et les lieux sacrés.
À notre retour au Luxembourg, nos proches nous ont demandé si nous revenions d'une retraite bien-être, simplement en voyant notre visage. Nous avions seulement chanté ; l'énergie vibratoire avait circulé à travers nous. La transformation était visible : une lumière, une nourriture intérieure profonde difficile à décrire, mais pourtant parfaitement perceptible de l'extérieur.
Nous pouvons chercher de nombreuses définitions du divin, mais nous rencontrons toujours la même difficulté : il ne peut être pleinement saisi par le mental, car il est difficile d'imaginer une conscience sans forme, omniprésente et infinie.
C'est pourquoi Patañjali conseille, dans le sūtra 1.23 — Īśvara-praṇidhānād vā (ईश्वरप्रणिधानाद्वा) : « En offrant sa vie et son identité à Dieu, on atteint l'identité de Dieu », de choisir notre propre forme du divin, une forme avec laquelle nous pouvons dialoguer, à laquelle nous pouvons nous abandonner, qui peut marcher à nos côtés.
Ainsi, le divin n'est plus perçu comme une perfection lointaine à atteindre, mais comme un compagnon qui nous accompagne au cœur de nos limites comme de nos joies.
Comme le rappelle Sharon Gannon :
« Nous avons deux missions dans la vie : nous souvenir de Dieu et être bienveillants envers les autres. Et ces deux missions vont toujours de pair. »
Je voudrais conclure par une magnifique image : l'oiseau posé sur une branche n'a jamais peur que celle-ci casse. Sa confiance ne repose pas sur la branche, mais sur ses propres ailes.
Voilà le cœur du Bhakti : non pas une croyance aveugle, mais une foi vivante en notre nature la plus profonde.
C'est précisément ce qu'exprime le mantra Oṁ namo bhagavate vāsudevāya.
Vāsudeva, le divin qui dissipe la souffrance et apporte la joie à tous, ne le fait pas en rendant la vie plus facile ou plus sûre. Il le fait en nous rappelant de quoi nous sommes véritablement faits.
La souffrance ne disparaît pas lorsque le danger s'évanouit, mais lorsque nous nous souvenons du divin qui réside en nous.
Chanter ce mantra, c'est pratiquer ce souvenir : s'incliner, encore et encore, devant les ailes que nous possédons déjà.
Source : https://jivamuktiyoga.com/fotm/walking-with-the-divine/
