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Focus du mois

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Mars 2026

Le vide est abondant
par Sonia-Lynn Gabriel |

Mars 2026

~ Traduction par Manorama

Ayant grandi au Liban, l’abondance de la terre et de la mer levantines était éclipsée par la menace paradoxale et constante que tout puisse nous être retiré à tout moment. Cet environnement rendait facile la confusion entre abondance et accumulation, l’empilement devenant une forme de protection.

Ali, un réfugié syrien, avait quinze ans lorsqu’il a commencé à apparaître sur notre plage locale au sud de Beyrouth, regardant les surfeurs glisser sur l’eau. Un jour, il trouva un morceau de polyester au hasard et, avec un couteau, le transforma en ce qui ressemblait à peine à une planche de surf. Il pagaia avec, un jour de tempête, vacillant mais déterminé. Bien sûr, voyant son dévouement et son courage, quelqu’un ne put s’empêcher de lui donner une vraie planche et de lui apprendre à se lever. Aujourd’hui, Ali est l’un des meilleurs surfeurs et prévoit d’ouvrir une école de surf en Syrie.

Lakshmi est la déesse de l’abondance, la mère généreuse qui donne sans cesse. Elle nous invite à la chercher dans un lieu plus subtil. Elle est assise sur un lotus qui pousse hors de la boue, et vers l’espace. L’espace n’est pas une absence, c’est le terrain fertile de toute manifestation ; la matrice, Garbha. Lorsque nous commençons à remarquer l’ampleur, le vide en toute chose, nous accédons à la nature abondante de la réalité.

Le morceau de polyester était un déchet pour celui qui l’a jeté, un jouet pour le chien de la plage, un abri pour les insectes. Mais pour Ali, c’était une porte vers une union passionnée avec l’océan. « vastu-sāmye citta-bhedāt tayor vibhaktaḥ panthāḥ » Les choses sont vides d’identité fixe et pleines d’essence. Elles deviennent ce que nous leur permettons de devenir. Lorsque nous cessons de décider ce que quelque chose ou quelqu’un « est », nous les voyons enfin pour ce qu’ils sont, infinis et fluides par nature. En ce sens, le vide abonde dans la plénitude.

Des découvertes récentes en neurosciences montrent que lorsque le cerveau relâche ses processus d’étiquetage conditionnés et automatiques — par la méditation par exemple — il accède davantage au champ de la sensation brute et présente, et enrichit ainsi l’expérience. La nature sans limites de toute chose s’exprime également en physique quantique, avec la démonstration que des particules maintenues en superposition existent comme potentiel pur, jusqu’à ce qu’une mesure consciente les fasse s’effondrer en une forme « classique », façonnée par la mesure elle-même. En cessant d’étiqueter les choses, nous empêchons leur « effondrement » en définitions rigides. Nous leur permettons de rester ouvertes, abondantes et infinies. Lorsque nous reconnaissons que tout est déjà contenu dans une seule chose, nous ne ressentons plus le besoin d’en avoir davantage.

« Le jour où vous apprenez à l’enfant le nom de l’oiseau, l’enfant ne verra plus jamais cet oiseau » — Jiddu Krishnamurti

Regardez le ciel. Pouvez-vous peindre sa couleur sans utiliser aucun mot ? Vous sentez-vous plus proche de lui lorsque vous retirez les mots ? Lorsqu’on observe un objet de dévotion, la phrase « je n’ai pas de mots » suggère que toute tentative de description diminuerait inévitablement son immensité. Regardez un arbre. Essayez de le décrire sans aucune étiquette. Voyez-vous la vastitude de l’univers qu’il contient ? L’abondance infinie qu’il porte ? Pratiquez cela avec tout ce qui vous entoure, et observez-vous fusionner avec « l’être », la plénitude de tout ce qui est. C’est cela, le Yoga, l’Union. « Le yoga est l’état où rien ne manque » — Sharon Gannon.

Lorsque nous ressentons ce sentiment de totalité présent même dans les plus petites choses, Aparigraha : le non-attachement, devient une expression plus naturelle. Nous nous accrochons moins, car le lâcher-prise n’est pas vécu comme une perte. La plénitude s’écoule de la plénitude. L’inverse est aussi vrai. L’acte de donner, de créer de l’espace, de relâcher ce que l’on tenait fermement, en sachant que rien n’est jamais vraiment perdu, est ce qui nous reconnecte à la nature généreuse de la réalité. Au lieu de voir l’abondance comme un empilement, nous observons l’état de complétude et d’union qui surgit lorsque l’on retire des couches. Plus nous dépouillons les couches de projection sur notre monde, y compris celle de la séparation, plus librement le fleuve de l’abondance peut s’écouler.

Neem Karoli Baba disait à ses dévots : « Si tu cherches le samadhi, aide les autres. Si tu veux que la kundalini s’élève, nourris les autres. » La générosité jaillit de la plénitude et constitue un chemin direct pour y revenir. Plus je médite sur le tathagata garbha, la Nature de Bouddha en toute chose, plus je ressens de la compassion envers tous les êtres dont je pensais être séparé.

La peur du manque est l’opposé de l’abondance. Nous n’attirons pas l’abondance comme un aimant ; nous la laissons couler comme un fleuve à travers l’espace à mesure que nous en devenons conscients. Le vide n’est pas le manque, ni la négation. Il est la matrice de toute chose.

Source : https://jivamuktiyoga.com/fotm/emptiness-is-abounding/