Un phare dans l’obscurité
par Martyna Dharmina Febre |
Septembre 2025
"Le guru est Brahma, le créateur.
Le guru est Vishnu, le préservateur.
Le guru est le Seigneur Shiva, le transformateur.
Le guru est le témoin suprême, le plus haut Brahman.
Salutations à ce Guru."
~ Traduction de Manorama
Ce verset, affectueusement connu sous le nom de Chant du Guru, provient du Guru Stotram, une magnifique collection de shlokas tirée de la Guru Gita — un chant dévoué et profondément sincère en l’honneur du Guru.
"Notre création est ce guru ; la durée de nos vies est ce guru ; nos épreuves, nos maladies et nos calamités sont ce guru.
Le guru est tout proche et au-delà de l’au-delà.
Je fais humblement mon offrande au guru, le magnifique dissolvant de l’ignorance, le principe d’illumination qui est en moi et m’entoure à tout moment."
~ Sharon Gannon
Ces dernières années, le mot « Guru » a malheureusement pris des connotations négatives, en grande partie à cause d’incidents malheureux impliquant de soi-disant « gurus » qui ont causé du tort. Cela a assombri le véritable sens sacré de ce qu’est un Guru — l’incarnation de la sagesse et de l’amour.
Pour clarifier, cet essai parle du véritable Guru, le dissipateur de l’obscurité (celui qui "dissout l'ignorance"), celui qui ne pourrait jamais nuire, le Guru qui représente Dieu sur terre. Il s’agit du principe du Guru, qui peut se manifester à travers une personne, mais qui est avant tout en nous et autour de nous à tout instant.
L’émergence d’enseignants insincères et autoproclamés a conduit à de la méfiance et de la peur vis-à-vis du fait de faire confiance à un Guru ou de le suivre. Spirituellement, c’est une perte considérable, car le chemin de la réalisation de soi nécessite un principe de guidance. Beaucoup portent une forme de « trauma du guru », fruit d’expériences négatives, mais il y a aussi un scepticisme et une défiance propres au monde occidental. Cette réticence à admettre le besoin d’être guidé, couplée à la croyance en l’autosuffisance, peut freiner le cheminement spirituel.
Nous n’aimons pas reconnaître que nous ne pouvons pas tout comprendre seuls, et demander de l’aide est parfois vu comme un échec. Après tout, qui pourrait mieux savoir que nous-mêmes ? Ce schéma de pensée, courant en Occident, n’est pas propice à l’évolution spirituelle. Pour le sadhaka — l’aspirant spirituel —, la première étape vers la vérité est d’accepter et d’embrasser son ignorance, son Avidya.
Dans presque tous les domaines que nous voulons apprendre, nous cherchons naturellement quelqu’un qui sait déjà faire ce que nous souhaitons maîtriser. Ensuite, selon la force et la sincérité de notre désir d’apprendre, nous passons autant de temps que possible auprès de cette personne. Nous observons, nous imitons, nous écoutons, nous questionnons, nous essayons. Nous apprenons. Et tout cela sous la guidance d’une personne qui incarne ce vers quoi nous aspirons.
La relation entre l’élève et l’Enseignant, entre le sadhaka et le Guru, est sanctifiée par la plus pure forme d’Amour et le plus haut degré de respect et de confiance. Peut-être faites-vous partie des chanceux qui ont rencontré un Enseignant physique, avec qui parler, partager, et auprès de qui être présent. Si vous avez eu ou avez encore cette chance, vous savez sans doute que l’amour, la confiance et le respect entre vous n’avaient pas besoin d’être gagnés — ils étaient là dès le début.
Un véritable Guru porte en lui et autour de lui une énergie très puissante, appelée Guru Shakti. Elle peut sembler charismatique mais n’est jamais manipulatrice, ni tournée vers la recherche de gloire ou d’approbation. Cette énergie est tangible et évidente pour tout chercheur sincère lorsqu’il rencontre son enseignant. On me demande souvent : « Mais comment trouver mon maître ? » Et ma réponse reste toujours la même : vous saurez. C’est comme tomber amoureux de la manière la plus pure. Et comme pour l’amour, cela ne se force pas. Cela viendra. Dans cette vie, ou dans une autre.
J’ai personnellement eu la bénédiction de rencontrer des Maîtres avec un grand M, et j’ai ressenti la présence aimante, non-jugeante et incroyablement guérisseuse d’un véritable Guru.
J’ai aussi connu le déchirement de perdre un Maître par la mort, et d’en voir deux autres cesser d’enseigner, du moins comme ils le faisaient auparavant. Ces deux moments ont été pour moi comme un passage spirituel à l’âge adulte. Pour être honnête, je me suis sentie perdue pendant un certain temps. Mais j’ai fini par comprendre que cela faisait partie de mon initiation : être élève implique la responsabilité de pratiquer réellement ce qui nous a été transmis. Aimer son Enseignant implique aussi de continuer son œuvre s’il se retire, de garder son travail sacré et d’intégrer ce qui est sacré pour lui.
Pour celles et ceux à qui leurs Maîtres ont confié la mission d’enseigner à leur tour, il devient encore plus crucial de rester fidèles à leurs enseignements et de continuer à être leur voix. C’est la beauté de la Parampara, cette lignée ininterrompue de transmission, d’un enseignant au suivant. Honorer cette tradition, c’est veiller à ce que les enseignements restent intacts, évoluent et soient prêts à être transmis aux générations futures. Cela nous aide aussi à rester humbles — un ingrédient essentiel pour le sadhaka. Car, après tout, aucun enseignement ne nous appartient vraiment, et la gratitude que nous recevons des élèves ne nous appartient pas non plus : elle revient à nos Enseignants. Garder à l’esprit que chaque enseignant est d’abord l’élève de son propre Maître est fondamental.
Dans notre culture, nous n’avons pas vraiment l’habitude d’honorer le savoir, la sagesse et l’expérience. Nous sommes plus enclins à idolâtrer l’argent ou le pouvoir. Le yoga n’échappe pas à cette dérive : il nous arrive de chercher le professeur qui a le plus de followers sur les réseaux sociaux ou qui fait les postures les plus impressionnantes, plutôt que celui dont l’amour et la bienveillance égalent l’expérience.
Les Enseignants de notre tradition sont encore présents, et nous pouvons les chérir, les honorer et les célébrer de multiples façons : nous pouvons leur demander — avec respect, douceur et persistance — de nous enseigner encore 🙂
Et si jamais ils acceptent, nous devons nous présenter pour eux ! S’ils prennent une pause, courte ou longue, nous pouvons toujours transmettre ce qu’ils nous ont appris, aussi fidèlement que possible.
Et, bien sûr, nous pouvons toujours pratiquer leurs enseignements. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un Maître.
